Semaine en l'honneur de la journée internationale des droits des femmes : Claire Keller, magistrate

Semaine en l'honneur de la journée internationale des droits des femmes : Claire Keller, magistrate
Affiches réalisées par des collégiens et lycéens, et exposées à l'entrée du tribunal de Besançon

En l’honneur de la journée mondiale des droits des femmes lundi dernier, la rédaction met en lumière des femmes importantes de la région tout au long de la semaine. Aujourd’hui, Claire Keller, magistrate, et substitute du procureur au tribunal judiciaire de Besançon, nous parle de son regard actuel sur la société, et de son initiative concernant les violences faites aux femmes.

Ancienne professeur d’histoire et d’instruction civique, Claire Keller décide il y a quelques années de reprendre des études de droit. Après un diplôme de l’École Nationale de la Magistrature, et un poste de 4 ans à Sarreguemines, l’ex-enseignante arrive à Besançon en septembre 2020. Quelques mois plus tard, Claire Keller est à l’initiative d’une « campagne-concours » contre les violences faites aux femmes. Un projet construit en trois étapes : « Dans un premier temps, nous nous sommes rendus dans des établissements scolaires pour former les élèves, pendant une heure, sur les violences sexistes ». L’objectif ? Faire prendre conscience aux enfants dès le plus jeune âge du problème social des violences faites aux femmes. Une prise de conscience qui se matérialise notamment à travers des chiffres, et qui permet aux plus jeunes de déconstruire l’idéologie de la femme inférieure à l’homme. « La deuxième étape consistait à rendre les élèves acteurs de cette campagne pour les concerner davantage. On leur a donc demandé de réaliser des publicités sous forme d’affiches contre les violences faites aux femmes ». La campagne est une réussite. 1000 élèves de 25 établissements participent, et le tribunal récupère plus de 250 affiches : « La qualité et la diversité sont assez incroyables. Il y a des talents extraordinaires qui se sont révélés ». Troisième et dernière étape, les élèves ont ensuite réalisé un livret avec les dix plus belles affiches, qui seront imprimées en couleur et diffusées dans tous les lieux potentiels où des femmes peuvent être touchées, grâce à la mairie de Besançon : « Les flyers vont être diffusés dans des maternités. On sait que la grossesse est un moment d’apparition des premières violences. Nous allons aussi diffuser pour toucher les retraités. C’est le deuxième moment où des violences apparaissent. Se retrouver ensemble sans les enfants et sans emplois cristallisent souvent des violences ». 

Mieux former

La campagne est un formidable outil éducatif et préventif, et se mue parfaitement à la libération de la parole qui se démocratise depuis plusieurs années : « Ce qui est intéressant, c’est que la classe politique s’en soit emparé. Ce n’est pas resté un mouvement sur les réseaux sociaux. La parole de la victime est mieux prise en compte, les enquêtes sont plus sérieuses, nous avons fait à ce niveau de grands progrès ». Car si tout n’a pas toujours été parfait à cette échelle, des changements sont clairement visibles depuis plusieurs années. Policiers et gendarmes ont désormais obligation de prendre des plaintes et non plus des mains courantes. Ces derniers sont également mieux formés sur de multiples aspects : « Les policiers sont aussi formés sur le fait que les victimes ne sont pas forcément parfaites. Ce n’est pas forcément une belle jeune femme avec un cocard qui vient. Ça peut être quelqu’un qui vit depuis des années des violences conjugales et qui s’est réfugié dans l’alcool, et qui va donc venir saoul au commissariat ». Claire Keller veut aller plus loin en formant également les victimes, qui mettent souvent du temps à franchir le cap de la dénonciation : « Il faut aussi former les gens à garder des preuves. Faire des photos, des certificats médicaux que le médecin accepterait de garder pour le jour où la victime se sentira prête. Malgré tous ces progrès, le cas du sexisme est encore loin d’être réglé. Certaines thématiques comme l’égalité salariale, où la part de femmes dans les postes à haute responsabilité, reste faible : « Il y a encore beaucoup de chemin à faire. Dans la magistrature par exemple, les postes clés appartiennent aux hommes malgré la féminisation massive de la magistrature. Il y a une structuration inégalitaire qui ne prendra pas fin tout de suite ». Symbole du sexisme encore bien ancré dans les moeurs, beaucoup de prévenus déférés devant la justice ont encore du mal à voir une figure d’autorité et de justice féminine : « Dans les mentalités, la place de la femme demeure dans un positionnement de soins, d’aide. Dans la magistrature nous avons une position d’ordre, de cadrage, qui semble antinomique avec ce que la société sexiste nous donne comme rôle ».

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