Entretien avec Randall Schwerdorffer, avocat à Besançon

« Nous sommes un peu bercés dans cette morale judéo-chrétienne où la peine de prison sert a expier, et où l’insertion et la réinsertion restent très secondaires »

Entretien avec Randall Schwerdorffer, avocat à Besançon

La situation sanitaire inquiète dans les prisons. Manque de matériel de protection, détenus isolés, et impossibilité pour les avocats de défendre leurs clients, le milieu carcéral connaît une crise croissante depuis l’apparition du COVID-19. Me Randall Schwerdorffer, avocat à Besançon, regrette une gestion de la situation « très administrative », symbole de la justice punitive, et trop peu réhabilitative, française.

Quelle est la situation actuellement dans les prisons ?

Elle est assez mauvaise. Les détenus se retrouvent isolés, les parloirs familiaux sont suspendus pour raison sanitaire, donc il est très difficile pour eux d’avoir une conversation convenable avec l’extérieur. C’est une situation assez angoissante.

La semaine dernière, plusieurs organisations ont saisi le conseil d’État afin d’alerter sur cette situation, mais toutes les demandes ont été rejetées. Pourquoi selon vous ?

Je ne crois pas que la situation des détenus les émeuvent beaucoup. J’ai même le sentiment que cela est traité de façon très administrative. Aujourd’hui, beaucoup de détenus en situation de détention provisoire, donc présumés innocents ou contestant leur culpabilité, sont totalement laissés pour compte.

L’augmentation des placements sous bracelets électroniques et des assignations à résidence peut-elle être une option pour éviter une surpopulation carcérale ?

Bien sûr que c’est une option, la loi le prévoit. Mais cela est très peu appliqué, notamment par certains juges des libertés ou par certaines chambres de l’instruction. On privilégie toujours l’incarcération en France. C’est encore plus criant en ce moment, il y a des effets d’annonces, mais en réalité très peu de gens sont remis en liberté.

Quelles sont les conséquences de cette politique « pro-carcérale » selon vous ?

Aujourd’hui la justice fonctionne peu, les dossiers n’avancent pas. On a des gens qui vont se retrouver avec deux ou trois mois pendant lesquels rien ne sera fait, et où ils seront juste en stand-by. C’est inacceptable.

Est-ce symptomatique d’une France qui privilégie la justice punitive au détriment d’une justice plus réhabilitative ?

En France, on a toujours ce recours extrêmement archaïque à l’incarcération. Nous sommes un peu bercés dans cette morale judéo-chrétienne où la peine de prison sert a expier, et où l’insertion et la réinsertion restent très secondaires.

Les prisons ne réinsèrent plus aujourd’hui ?

Non, l’accès au travail pénal est extrêmement résiduel. Certaines maisons d’arrêt fonctionnent toujours comme au 19 ème siècle. Elles n’évoluent pas, voir régressent pour certaines. À Besançon, plus des deux tiers des détenus avaient, il y a trente ans de cela, un travail pénal. Aujourd’hui il y a 30 ou 40 personnes qui en bénéficient. Il n’y a aucun effort en termes d’insertion et de réinsertion au sein des maisons d’arrêt. S’il n’y avait pas un certain nombre d’associations, ces maisons d’arrêt seraient laissées pour compte par les pouvoirs publics.

Interview de la rédaction
Created : lundi 20 avril 2020 17:00 Categories : Politique | Actualités locales | Société | Justice | Social | Actualités Favoris : Ajouter aux favoris Tags : confinement | coronavirus | covid-19 | Désincarcération | réinsertion | schwerdorffer
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