Quel avenir pour les buralistes, plus particulièrement en zone frontalière ?

Created vendredi 31 mai 2013 18:04

Cette semaine, Annie Genevard, Députée Maire de Morteau, a interrogé le gouvernement sur ses intentions d’augmenter une nouvelle fois le prix du tabac et ses répercussions  sur cette profession qui connait déjà de nombreuses difficultés. 6000 boutiques ont fermé leurs rideaux en dix ans. Plein Air a rencontré la parlementaire du Haut Doubs. 

Les inquiétudes sont encore plus grandes lorsque l’on tient un bureau de tabac en zone frontalière Mme Genevard ? 

Chaque fois que le prix du tabac augmente cela rend plus attractif l’achat de cigarettes de l’autre côté de la frontière. Ce qui fragilise les commerces de buralistes. Plus généralement, je trouve que cette profession est déjà très exposée. L’augmentation du tabac favorise la contrebande, la contrefaçon et la délinquance. La marchandise convoitée représentant  une valeur non négligeable. Pour preuve, dans un passé récent, on a vu de nombreux commerces dévalisés. Par ailleurs, ces augmentations ne font pas diminuer le tabagisme. Les gens ne fument pas moins et s’approvisionnent autrement. L’argument, qui est mis en avant par le gouvernement, selon lequel, ces augmentations sont liées à une politique de santé, ne résiste pas à l’analyse des faits. Je crois qu’il faut lutter contre l’usage abusif du tabac mais on ne peut pas faire supporter par cette seule profession les politiques de santé publique. 

Ce sont les buralistes francs comtois et du Haut Doubs qui vous ont alerté sur leur situation ? 

Je les avais déjà rencontrés il y a plusieurs mois. Il m’avait alors  alerté sur leur situation. Ce qui m’a convaincu de poser cette  question au Premier Ministre, c’est la manifestation, qui a eu lieu la semaine dernière à Strasbourg où plusieurs centaines de buralistes ont manifesté en raison d’une directive européenne qui va être appliquée par la France et qui consiste à lever la limitation d’importation de tabac. Il y a des évolutions qui sont préoccupantes. A cela s’ajoute, les deux mesures fiscales annoncées. A savoir, une hausse de la fiscalité et une autre de la TVA. Ca fait donc beaucoup pour une seule profession qui est déjà très éprouvée. En dix ans, elle a perdu un quart de ses effectifs. 6000 buralistes ont fermé boutique dans les dix dernières années. Cette question est très compliquée. Ceux qui disent que la lutte contre le tabagisme se résume en une augmentation du prix du tabac doivent en mesurer les implications économiques. J’ai voulu sensibiliser le gouvernement à cette question parce que je pense qu’elle est importante et qu’il y a également de l’emploi en jeu. La filière tabac en France représente 120.000 emplois. Chaque fois qu’on augmente trop fortement le prix du tabac et qu’on encourage la contrebande et la contrefaçon, l’Etat perd plus de 2 milliards par an de recettes fiscales.  

Quelle réponse vous a été faite ? 

La réponse m’a été apportée par le Ministre du budget, Bernard Cazeneuve, qui a d’ailleurs rencontré les buralistes. Le Ministre m’a confirmé les augmentations. Tout en ajoutant qu’elles permettront de lutter contre le tabagisme. A travers cette décision, je pense aussi aux répercussions que cela peut avoir en termes d’aménagement du territoire. On voit bien que dans nos territoires ruraux, le bureau de tabac est aussi le marchand de journaux, le dépôt de pain, le petit café,  le point poste, … . C’est un vrai petit pôle de commerces. D’où l’importance de bien prendre en considération cette situation avant de prendre certaines décisions. C’est aussi ça que je veux défendre. Il faut savoir ce que l’on fait, ce que l’on dit et prendre conscience des conséquences que peuvent avoir telles ou telles décisions. 

Annie Genevard, Députée du Doubs
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